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lundi 22 décembre 2008

Action Directe en Islande

Depuis le début de l’hiver, l’Islande fait face à la crise économique. Les trois grandes banques d’affaires ont été nationalisées, faisant peser leurs dettes sur les épaules de la population. Les gens ont perdu l’épargne de toute une vie, les prêts ont augmenté et atteignent des taux considérables (et pourtant ils étaient déjà très élevé). Chaque jour du mois de novembre, 200 personnes ont perdu leur emploi et de plus en plus de gens sont confrontés à la menace de perdre leur logement.

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Les gens se mettent en colère, certains d’entre eux souhaitent revenir à la "bonne vielle" prospérité, tandis que d’autres, espérons la majorité, se rendent compte du coût réel du capitalisme. De plus en plus de gens se dressent contre la corruption et exigentt une nouvelle forme de société - la société de la justice. Mais chaque jour, le gouvernement actuel prouve que son objectif principal est de sauver son cul et ceux de leurs amis. Un prêt du Fonds Monétaire International (FMI) a été accordé, probablement par intérêt pour lui : la privatisation des systèmes sociaux comme la santé ou l’éducation, et la destruction écologique de l’Islande.

Manifestations hebdomadaires

Depuis plus de 2 mois les gens se réunissent chaque semaine dans un parc en face du parlement. Les premières protestations exigeaient que le gouvernement "brise le silence" concernant la situation actuelle. Les gens en avaient assez qu’on ne leur dise pas ce qui se passe et ce que le gouvernement comptait faire à ce sujet.

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Mais très vite les gens ont réalisé qu’il ne suffissait pas de demander au gouvernement de prendre la parole, alors les protestations ont pris une autre tournure plus radicale : la démission du gouvernement et de nouvelles élections dès que possible. Le gouvernement a complètement ignoré ces exigences et les gens étaient de plus en plus en colère.

Les anarchistes et autres radicaux de gauche sont venus à la plupart des protestations, mais pas pour protester contre la situation économique, pas pour demander au gouvernement des solutions, pas pour demander de nouvelles élections, pas pour demander à un membre du gouvernement, du Parlement ou de toute autre institution officielle de faire quelque chose pour « résoudre » la crise à laquelle nous sommes actuellement confrontés, mais pour diffuser les idées anarchistes et anti-capitalistes dans la population, analyser les problèmes de l’autorité et du capitalisme ainsi qu’encourager la population islandaise à prendre des mesures directes contre les forces de corruption.

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Des drapeaux de banque en feu et "pendaison" d’un capitaliste

Au cours d’une protestation devant le bureau du Premier ministre à la fin octobre, les drapeaux de deux banques islandaises ont été brûlés. Un groupe d’anarchistes, probablement le plus grand de l’histoire islandaise à ce jour, criait des slogans anarchistes, en soulignant le capitalisme comme le véritable problème. Jusque-là, le capitalisme semblait être un mot interdit parmi les manifestants. Les drapeaux en feu ont attiré l’intérêt des médias étrangers, par exemple CNN qui a montré l’évènement plusieurs fois dans la journée et la soirée. Un événement comme celui-ci n’avait pas eu lieu en Islande depuis longtemps.

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Une semaine plus tard, une grande manifestation a défilé à travers le centre de Reykjavík, exigeant la démission du gouvernement. Les anarchistes, qui sont toujours plus nombreux et plus fort chaque semaine, se sont joint à la marche avec des banderoles, des drapeaux noirs, des tracts sur l’action directe et des slogans anarchistes. Alors que d’autres manifestants scandaient "dehors le gouvernement", les anarchistes criaient "plus jamais de gouvernement !"

Lorsque la manifestation est arrivée dans le parc et que les discours hebdomadaires ont commencé, un groupe de personnes a escaladé un grand portique et pendu le mannequin d’un capitaliste. Là encore, les médias étrangers ont filmé la performance et l’ont diffusée dans le monde entier.

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A quelques mètres du parc où ont eu lieu les protestations, un groupe de Food Not Bomb distribue de la nourriture tous les samedis depuis 8 ou 9 mois. Food Not Bomb a eu, c’est sûr, une influence sur la marche des Islandais, qui sont de plus en plus curieux et intéressés par des solutions alternatives aux problèmes du capitalisme.

Le gouvernement est un sale porc bon marché !

Au cours d’une protestation, le samedi 8 novembre, un anarchiste est monté sur le toit du parlement, où il a accroché le drapeau de Bónus, le supermarché le moins cher de l’Islande. Le message était clair car le drapeau est jaune avec un cochon rose dessus : "Le gouvernement est sale porc bon marché !" et contrairement à l’habitude des manifestants islandais, les gens ont célébré cet acte et ont chanté sur l’air du "gouvernement est un sale porc bon marché !"

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Alors une centaine de manifestants ont entouré le parlement pour aider l’anarchiste à échapper à la police, qui en avait déjà arrêté un autre. Après un peu de lutte avec la police, les gens ont réussi à aider l’homme-au-drapeau (nom sous lequel il devenu connu par la suite) à descendre du toit et à éviter son arrestation plus d’une fois. On pouvait sentir un changement dans l’air.

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Arrestation illégale

Moins d’une semaine plus tard, un vendredi soir, la police a arrêté l’homme-au-drapeau. Il était en visite d’étude au Parlement, organisée par son université, lorsque certains personnels du Parlement l’ont reconnu et appelé les porcs.

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L’homme avait été arrêté deux ans plus tôt, pour une action écologiste, la campagne d’action directe Sauvons l’Islande, pour protester contre la construction d’un grand barrage, Kárahnjúkavirkjun, dans l’est des higlands. Pour cette action, il avait obtenu une condamnation et une amende, mais a refusé de payer l’amende et a insisté pour faire 18 jours de prison. Mais quatre jours après le début de son incarcération, il à été « jetés dehors » en raison du manque de place dans la prison.

Maintenant, la police déclare que l’homme devrait effectué les 14 jours restant de sa peine. Le fait est qu’il n’est pas autorisé de scinder une peine de cette manière, et l’homme est censé recevoir une notification au sujet de la fin de sa peine avec un préavis de moins de 3 semaines. Cela n’a pas été fait dans son cas.

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La population déclara que la police avait fait cela spécialement dans le but d’écarter un militant susceptible de prendre part activement à la prochaine manistation hebdomadaire. Ainsi, le lendemain, au cours de la protestation qui a réuni 10.000 personnes, une autre manifestation a été annoncé, cette fois en face du commissariat de police, un peu plus tard ce jour-là.

Émeutes au commissariat de police

500 personnes sont venues au commissariat et ont exigé que l’homme soit libéré. Au bout d’un moment puisque’aucun signe de libération n’émanait de la police, la tension est montée et des gens ont commencé à briser les fenêtres du commissariat. A la fin la porte du commissariat a été enfoncée. Un groupe de personnes est entré et a été accueilli avec des gaz lacrymogènes, sans même en avoir été averti.

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La tension est encore montée d’un cran lorsque de la peinture rouge et des oeufs ont été projetés sur le bâtiment et la brigade anti-émeute qui le protégeait. Beaucoup de personnes ont été gazées, y compris la mère de l’homme-au-drapeau et des gamins de moins de 16 ans. Finalement, l’homme-au-drapeau a pu sortir de la prison grâce à une personne anonyme. Libéré, il a été acclamé comme un héros. Il a remercié la population pour son soutien, mais a encouragé les gens à utiliser leur énergie pour autre chose : une révolution !

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Invasion de la Banque Centrale

Une semaine après les émeutes au commissariat, la manifestation hebdomadaire a été un peu plus calme. Les gens espéraient que quelque chose de grand se passerait le lundi suivant 1er décembre, jour d’indépendance de l’Islande.

D’habitude le 1er décembre est un jour non payé, mais deux ans auparavant le mouvement ouvrier réclama son du. Ce 1er décembre les gens étaient encouragés à ne pas payer leurs factures, à ne pas se rendre au travail et à venir assister à un grand meeting sur une grande colline poche des locaux du gouvernement et de la Banque Centrale. Peu de discours ont été prononcés, la plupart avec des conneries nationalistes auxquel les radicaux ont répondu avec un slogan : "Non au nationalisme - La solidarité internationale !"

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Après que le meeting soit officiellement terminé, le bruit courrait qu’une action plus radicale allait avoir lieu. Soudain, un grand groupe de personnes s’est dirigé vers la Banque Centrale et s’est introduit par l’entrée principale.

L’entrée était bondée de gens criant et exigeant que Davíð Oddsson, le président de la Banque Centrale, et ancien premier ministre, démissionne. Peu de policiers gardait la deuxième entrée, mais les gens criaient en leur demandant quel était leur camp, en leur disant de se joindre à eux, et de les laisser entrer. Tout à coup, la police a cédé, les gens ont applaudi et sont entrés.

Encore des gaz lacrymogènes ?

La deuxième entrée était aussi bondée que la première, mais derrière les grandes portes en verre la brigade anti-émeute formait une chaîne d’environ 30 porcs, armés de boucliers, de matraques et de gaz lacrymogènes. Encore une fois, au lieu de dialoguer, les porcs ont commencé à agiter leurs aérosols, menaçant de les utiliser si les gens ne quittaient pas les lieux.

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Les gens se mirent à frapper les portes, hurlant des slogans contre la Banque Centrale et la police. Après une série de menaces à la bombe lacrymogène, les gens ont décidé de s’asseoir paisiblement et ne pas se lever jusqu’à ce que Davíð Oddsson démissionne. L’action a duré plusieurs heures avec des pics de tension lorsque les gens se mettaient debout, levant les mains pour montrer qu’ils n’étaient pas armés et défiaient la police de partir, d’ouvrir les portes et de les laisser aller chercher Oddsson.

Quand il devint clair qu’Oddsson avait déjà quitté le bâtiment, les manifestants firent une proposition à la police : la brigade anti-émeute quitte les lieux,et ensuite seulement ils partiraient. Environ 30 secondes plus tard, les porcs tournèrent les talons et les gens ont applaudi leur propre victoire.

Dans le parlement

Une semaine plus tard, lundi 8 décembre, trente personnes sont allées au parlement islandais, où le balcon est public, où l’on peut donc légalement s’asseoir, regarder et écouter ce qui s’y passe. Le groupe a déclaré que le parlement ne servait plus leur l’objectif, que le gouvernement devait démissionner immédiatement, et que les autres députés devaient utiliser leur temps pour quelque chose de plus constructif.

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Seules deux personnes ont réussi à atteindre le balcon pour crier aux députés et aux ministres de quitter le bâtiment. Très vite, elles ont été brutalement attrapées par un agent de police, tandis que le reste du groupe resta coincé dans un escalier à l’intérieur du bâtiment. La session parlementaire a été retardée et tous les députés quittèrent la chambre.

Pendant ce temps, les manifestants ont été brutalement traités par les agents de sécurité et la police, qui arrêtèrent finalement 7 personnes, la plupart d’entre elles pour cambriolage. Mais, comme dit auparavant, le public est autorisé à pénétrer sur le balcon du Parlement.

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Une réunion gouvernementale retardée par une chaîne humaine

Le lendemain matin, 30 personnes se sont rassemblées devant le bureau du Premier ministre où était censé avoir lieu une réunion gouvernementale. Les gens ont formé une chaîne humaine faisant le blocus des deux entrées du bâtiment. Quand les ministres ont commencé à se montrer, la police été déjà là et ont commencé à tenter de briser la chaîne. Les gens ont résisté avec détermination et le groupe a lu une déclaration.

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Celle-ci dit que le but de l’action était de "d’éviter l’entrée des ministres dans le bâtiment et ainsi d’empêcher de nouveaux abus de pouvoir. L’Argent a pris le contrôle sur les droits de la population ; les autorités et leurs cliques ont manipulé les finances pour leurs propres intérêts. Cette manipulation n’a pas entraîné une société juste, un monde juste. Le temps de l’action est venu, car une société juste est non seulement possible, mais il est de notre devoir de lutter pour elle."

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Avec l’aide de la police, tous les ministres sont entrés, mais ils ont entendu la déclaration et étaient sous pression de la part des médias. Ils n’étaient pas prêts pour les questions et s’y prenaient mal pour y répondre. La réunion gouvernementale a été retardée en raison de ces actions.

Deux personnes ont été arrêtés, l’une pour avoir dépassé une ligne de démarcation de la police et l’autre pour s’être assis devant de la voiture de police qui était sur le point de conduire le premier arrêté au commissariat. Plus de gens s’assirent sur la rue et il a fallu à la police un moment pour sortir de celle-ci. Ce n’est que lorsqu’un officier de police a donné l’ordre au conducteur de "foncer", que celui-ci s’exécuta et roula quasiment sur deux personnes.

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L’un des plus grands journaux d’Islande, DV, a signalé le comportement brutal de la police. Le journaliste et le photographe ont tous deux été attaqués par la police pour cet article, ainsi que la remarque sur un policier frappant un manifestant au visage, alors qu’il réside dans la rue. La plupart des autres médias n’ont pas osé rapporter ce comportement brutal.

Un site Web de la gauche, Smugan, a publié au sujet d’un officier de police interrogé par les manifestants s’il aurait protégé Hitler. Sa réponse a été simple : "Oui, si tel avait été de mon devoir".

Via : http://anarsonore.free.fr/spip.php?breve39

mardi 16 décembre 2008

Communiqué d'Anarkismo sur les événements en Grèce


Solidarité avec le mouvement anarchiste grec et avec les victimes de la répression; solidarité internationale avec toutes les luttes sociales, en Grèce et dans le reste de l'Europe!
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On n'avait pas besoin d'un autre martyr

Tandis que la Grèce se préparait à une journée de grève générale, le mercredi 10 décembre, contre le gouvernement Karamanlis et la crise économique, et avec la mobilisation qui germe de la base dans les écoles et les universités, contre les projets de réforme, Alexandros Grigoropolous, âgé de 16 ans seulement, a été désigné pour servir de victime, de bouc émissaire pour l'appareil policier, et fut tué de sang froid par les forces répressives de l'État.

La crise économique, déclenchée par le capitalisme international contre les exploitéEs du monde entier et gérée par les États à coups de mesures imposant l'appauvrissement général, affaiblit l'équilibre fragile entre les groupes de pouvoir et les partis, de droite comme de centre-gauche, nous permettant d'entrevoir la véritable vocation anti-démocratique subversive de l'État et de son système (in)sécuritaire : l'aliénation, la criminalisation et l'élimination de l'opposition populaire.

Ça s'est produit avec Carlo Giuliani, à Gênes, en 2001. Ça s'est produit à de nombreuses reprises, ces derniers temps, en des endroits comme la Palestine et Oaxaca, au Mexique. Samedi dernier, ça s'est produit en Grèce.

En ce moment, des milliers d'étudiantes et d'étudiants manifestent devant les quartiers généraux de la police, à Athènes, mais aussi dans bon nombre de villes et villages d'un bout à l'autre de la Grèce.

Les manifestations spontanées à travers le pays sont le résultat de la colère populaire contre le gouvernement Karamanlis et les agissements criminels de la police. Le gouvernement grec a d'abord armé et envoyé les flics assassins, puis a lancé une kyrielle pathétique d'excuses et de résignations, sans que personne n'ait été puni. En fait, il tente d'attirer l'attention sur la destruction de propriété publique et privée, tout en continuant de réprimer les manifestations, en attaquant le peuple avec des armes chimiques et en torturant les personnes arrêtées.

La révolte ne fait que commencer. Et la grève générale, cette grève syndicale et sociale, politique et de classe, peut transformer la rage du peuple en une force organisée pour la construction de l'alternative libertaire. Dans tous les pays, la crise croissante du capitalisme refile la facture aux travailleuses, aux travailleurs et aux exploitéEs.

Nous devons répondre, dans chaque pays, en construisant ensemble l'opposition sociale, nécessaire à notre défense collective face à l'annihilation au nom du profit.

Solidarité avec le mouvement anarchiste grec et avec les victimes de la répression; solidarité internationale avec toutes les luttes sociales, en Grèce et dans le reste de l'Europe!


8 décembre 2008
Federazione dei Comunisti Anarchici (Italie)
Melbourne Anarchist Communist Group (Australie)
Zabalaza Anarchist Communist Front (Afrique du Sud)
North-Eastern Federation of Anarchist Communists (États-Unis)
Union Communiste Libertaire (Canada)

(Traduit par Philou de l'UCL)
http://www.anarkismo.net

mercredi 10 décembre 2008

Des nouvelles de la Grèce!

Il n'y a pas à dire, ça brasse en Grèce ces temps-ci. Voici un article de nos camarades de Montréal sur le sujet, ici, et un blogue sur la question (en anglais) On the Greek Riots.


Voici un article de Cyberpresse qui fait bien le tour de la question (avec un point de vue bourgeois) :


Grève générale en Grèce, émaillée de nouvelles violences
Athènes
Agence France-Presse

Dans un climat explosif, la Grèce vivait mercredi une grève générale prévue de longue date qui a été émaillée de nouvelles violences, au cinquième jour des émeutes qui ont plongé le pays dans une profonde crise sociale et politique.

La crise déclenchée par la mort d'un adolescent de 15 ans, abattu samedi à Athènes par un policier, s'installait dans la durée, malgré les appels au calme du premier ministre Costas Caramanlis.

Mercredi, de nouveaux affrontements ont opposé manifestants et police à Athènes et Salonique, la deuxième ville du pays, les forces de l'ordre répondant par des jets de gaz lacrymogènes aux tirs de cocktails Molotov et projectiles divers.

Les syndicats grecs, dont la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, 600 000 adhérents) et la Fédération des fonctionnaires (Adedy, 200 000 membres), avaient convoqué de longue date une grève générale de 24 heures pour dénoncer la politique d'austérité du gouvernement conservateur et appelé à un rassemblement «paisible» devant le Parlement grec, dans le centre d'Athènes.

Des échauffourées ont éclaté en marge de ce rassemblement qui a réuni plusieurs milliers de personnes, a rapporté un journaliste de l'AFP.

D'autres affrontements ont émaillé une manifestation à Salonique, dans le nord de la Grèce, à laquelle participaient environ 2000 personnes, dont de nombreux élèves et étudiants, a indiqué une source policière locale.

Le premier ministre avait souhaité mardi, dans un discours à la Nation, qu'il n'y ait pas de confusion entre les combats des travailleurs et la mort de
l'adolescent.

Mais la crise a pris une tournure politique, notamment avec l'appel à la démission du gouvernement, déjà déstabilisé par une série de scandales et par les retombées de la crise économique internationale, lancé mardi par
l'opposition socialiste.

Les transports terrestres, aériens et maritimes devaient être perturbés par la grève, qui affecte également le fonctionnement des banques, administrations et grandes entreprises du secteur public, comme l'Electricité de Grèce (DEI).

La colère des jeunes, signe selon des observateurs d'un profond malaise et d'une radicalisation de la jeunesse grecque minée par l'insécurité conomique et le chômage, avait repris de plus belle mardi après les obsèques, dans une banlieue d'Athènes, du jeune Alexis Grigoropoulos.

Selon les premiers résultats de l'autopsie, l'adolescent a été tué par le ricochet d'une balle tirée par un policier, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires.

Quarante et une personnes, 16 Grecs et 25 étrangers, ont été arrêtées dans la nuit lors d'escarmouches et de pillages aux abords de l'école polytechnique d'Athènes, occupée depuis dimanche par des étudiants.

Des heurts se sont poursuivis pendant la nuit entre les policiers et plus d'une centaine de jeunes qui sortaient périodiquement de cette école et de la faculté de droit.

Le maire de la capitale, Nikitas Kaklamanis, avait estimé mardi soir que plus de 360 magasins avaient été «partiellement ou totalement ndommagés» depuis samedi.

A Salonique, une cinquantaine de jeunes retranchés dans la faculté de philosophie avaient affronté les forces de police pendant la nuit de mardi à mercredi. Plus de 80 magasins et 14 banques ont subi des dégâts tandis que huit personnes ont été arrêtées.

A Patras, dans l'ouest du Péloponnèse, il y a eu des échauffourées en début de soirée. Des escarmouches se sont par ailleurs produites à Larissa et à Volos (centre), à Kalamata (sud), à Ioannina (nord-ouest) et à Zante, sur l'île du même nom en mer ionienne, selon des sources policières. La situation était redevenue calme mercredi dans toutes ces villes.

Dans un souci de reprendre la main sur des événements qui lui ont largement échappé, M. Caramanlis a adressé mardi soir un nouveau message à la nation condamnant les fauteurs de trouble comme «des ennemis de la démocratie».

Il s'est engagé «à rétablir le sentiment de sécurité et la légalité», et lancé de nouveau un appel à l'unité nationale.

«Il faut condamner clairement les violences, les pillages, le vandalisme des éléments extrémistes (...) en ces heures on ne peut pas avoir de différences nationales», a souligné le premier ministre.

Il n'a pas répondu au chef de l'opposition socialiste Georges Papandréou qui avait demandé dans la journée un recours «au verdict populaire» pour résoudre la crise.

via http://www.cyberpresse.ca/international/europe/200812/10/01-809050-greve-generale-en-grece-emaillee-de-nouvelles-violences.php